De la nécessité de l’adversité en Taïchi…

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On imagine souvent que le taïchi, parce qu’il parle de douceur et de relâchement, évite soigneusement toute opposition/confrontation…

Bien au contraire.

La douceur dont il parle, c’est arrêter de se vouloir autre que soi même. Ne pas respecter ce que nous sommes foncièrement. Le relâchement nous concerne directement : C’est le relâchement à notre propre attachement. En ce sens, il est une vraie voie de libération spirituelle, si l’on peut parler ainsi. Une voie non-duelle.

« le Tao est non-deux,

non-deux est le tao…»

Seng Ts’an – Hsin hsin Ming


A ses élèves qui se plaignaient que leur partenaire était trop dur, brutal, Me Cheng répondait inlassablement « Comment le sais tu ? »…

Relevant par là, que pour sentir une opposition, il faut être appuyé dessus.

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Nous ne cherchons pas à changer : comment le moi pourrait il faire autre chose que ce qu’il est ?

Nous laissons ouvert l’espace de la situation, en accueillant ce qui apparaît. Alors seulement, les choses peuvent se transformer.

Il ne s’agit pas d’ accepter une situation mais de faire totalement face, sans résistance mais sans laisser aller, voir ce qui se manifeste très clairement.

L’autre n’est pas là pour me conforter, me câliner, pour me brosser dans le sens du poil (surtout lorsqu’il s’agit du professeur !), mais pour mettre à jour mes points de résistance. Je ne cherche pas un ailleurs idéal, à devenir autre, un avenir meilleur… Je me détends en acceptant ce qui est… C’est la seule façon pour que les feuilles mortes tombent. Dans l’espace du ciel ouvert, les vagues soulevées par les vents furieux, retournent à l’océan profond.

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C’est le sens de la poussée des mains : relever les points de résistance. Pas se concentrer sur ce que devrait faire l’autre pour ne pas me déranger, mais voir clairement mes propres stratégies pour maintenir mon attachement/identification à ce que je pense être. Soupeser pleinement tout le poids de la peur, comme origine de mes stratégies de comportement.

Parce que seule la prise de conscience de la fermeture est Ouverture.


C’est pour cela que nous remercions à la fin du tuishou, même si nous nous sommes fait 1000 fois  « jeter »… Parce que le partenaire m’a aidé à ouvrir mon regard sur les stratégies de refus et d’enfermement qui m’habitent, m’offrant par là, la possibilité de les transformer (en les abandonnant).

Comme le disait mon professeur : « Au départ c’est amer… puis acide… enfin seulement, sucré comme le bitter lemon… Si c’est sucré au départ, c’est bizarre… »

Bonne pratique !

Li Shan